15e édition du Festival du 06 au 10 octobre 2021

La Vahine

Réalisatrice : Camille MY GIANG

Title | The Vahine
Year | 2020
Language | English, French & French Sign Language
Running time | 15 minutes
Aspect ratio | 1,33:1
Country of production | France & United-Kingdom

7 octobre 2021 - 9:00 - Palais des Congrès

intervenante
Camille MY GIANG - Réalisatrice

Sélection pour la Master Class d’analyse et critique de films

Retrouvez l’événement par ici

À propos du film

Les traditions de transmissions orales venues de Polynésie nourrissent le cœur de notre histoire. Le film met en scène un style de danse tahitienne particulier appelé ’aparima’, où les mouvements de bras et de mains racontent des histoires à travers leurs mouvements lents et gracieux. Aux yeux des spectateurs, les danses ‘aparima’ ont donc tout de belles et surprenantes langues des signes dansées.

Notes de réalisation

Pour beaucoup de Polynésiens, la pratique de la danse tahitienne (du ‘Ori Tahiti) est bien plus qu’une simple expérience corporelle. Les histoires racontées au travers des danses du Grand Pacifique sont souvent issues d’activités traditionnelles de la vie quotidienne et d’anciens mythes fondateurs des sociétés océaniennes. Ces histoires dans es sont ainsi de véritables porteuses d’étendard des identités iliennes modernes et traditionnelles et le ‘Ori Tahiti prend alors une dimension spirituelle tout à fait indissociable de la pratique physique. Les interprètes se font ponts entre tangible et immatériel, entre corps et esprit, entre sacré et commun, et invitent ainsi chaque spectateur faire corps avec leurs mouvements. Ils les accueillant sur un chemin conduisant à de contrées lointaines, le plus souvent en direction de leurs racines et de leur Fenua (de leur terre natale).

En tant que conteuse d’histoires, il m’était impossible de ne pas tomber envoutée par cette poésie infinie et j’ai naturellement décidé d’investir mon énergie dans le partage et l’exploration de ces arts bien souvent mécompris. Mes bonnes intentions se sont cependant tout aussi vite retrouvées stoppées dans leur élan à la rencontre de la més-information des publics non-sensibilisés. À travers elle, j’ai découvert l’existence d’un gouffre séparant réalité et perception et ai douloureusement trouvé son origine dans la carence de stimulus, mais aussi (et surtout) dans le foisonnement de représentations incomplètes.

Parallèlement, et à sa propre manière, la communauté sourde et malentendante faisait face aux mêmes problématiques. Leurs particularités culturelles et identitaires se retrouvaient bien souvent au-delà des perceptions conscientes du grand public, les conduisant parfois à faire allusion avec amusement désabusé à “la dictature de la communication verbale”. Aux yeux de beaucoup, le pays sourd ne semblait perceptible qu’à travers une certaine forme de facilitation, trop souvent indispensable, et qui de surcroit devait s’accompagner de patience et d’envie sincère de prêter attention nécessaire. De cette situation naissait inévitablement une aliénation qui, me semblait-il, n’était souhaitée ni d’un côté ni de l’autre des partis concernés. Je me retrouvais une fois encore convaincue que cette dissonance entre réalité et perception pouvait être atténuée par une diversification et pluralisation des points d’approche à l’inconnu.

C’est ainsi que le film est né. Ensemble avec ces deux communautés, nous avons travaillé à renouveler les représentations de leurs identités en peignant une ode à ce qui les réunis : la communication non-verbale. À travers ce court-métrage nous souhaitions créer une expérience cinématographique où le public se retrouverait invité à faire nouvel usage de ses sens, en saisissant cette opportunité de regarder, et regarder plus loin.

Film réalisé par Camille MY GIANG

Des mots de la danse

Nous avons choisi la danse tahitienne et tout particulièrement le ‘aparima’ comme de réunification pour cette rencontre cinématographique. Les mots sur lesquelles s’apposeraient la danse était d’une importance capitale et a par conséquent fait l’objet d’une attention toute particulière.

Ensemble avec de grands noms de la scène musicale polynésienne (Ofaloto Kuma, Sefa Drums, Kanani Lokelani Asuega et Noëlle Faahu-Vaki) nous avons composé une chanson originale devenue terrain d’expression des enjeux communs à nos personnages principaux.

Nous voulions une histoire où l’universel s’exprimerait dans le détail. Nous voulions peindre les tensions éternelles entre passé et futur, entre collectif et individuel, entre tradition et modernité. Nous voulions raconter l’histoire de l’envol et émancipation.

Cela en tête – et en suivant de près les codes de narration traditionnels polynésiens – nous avons écrit un conte représentant un oiseau sacré tiraillé entre amour et loyauté pour son arbre-maison et désir ardent d’aventures au-delà de l’horizon.

Et ainsi, “Ma’uera’a”, a pris vie.