TABOU UNE HISTOIRE DES MERS DU SUD

Réalisateur : Friedrich Wilhelm Murnau,

Film en noir et blanc muet musicalisé

1931 / 80 mn /

Titre original : Tabu A Story of the South Seas
Casting : Matahi, Anne Chevalier, Bill Bambridge, Hitu, Ah Fong, Jules, Mehao

22 mars 2020 - 17:00 - Cine Rex 13 Rue de l’Église, 17380 Tonnay-Boutonne Tél. : 05 46 68 80 37


A propos du film

Bora Bora, paradis sur terre. La nature y est généreuse et ses habitants y vivent heureux et insouciants. Reri et Matahi s’aiment. Un jour, le vieux Hitu apporte un message : Reri a été choisie par le chef de Fanuma pour devenir la nouvelle vierge sacrée. Dis lors, Reri est tabu. « Aucune loi des dieux n’est plus sacrée que celle qui protège l’élue. Aucun homme ne peut la toucher ou la désirer du regard pour son honneur et celui de son peuple ». Alors que le village se réjouit de cet honneur, les amants sont désespérés. Matahi et Reri décident alors de s’enfuir…
Une élégie sur le paradis perdu

Sur l’île de Bora Bora, étincelant paradis primitif, un jeune couple amoureux, Maatahi et Reri, crée le scandale. Reri, d’ascendance royale, est destinée à la virginité et aux dieux. La jeune vestale ne l’entend pas de cette oreille et fuit avec son amant sur une autre île,
colonisée par les Français, cosmopolite et dégradée par les usages du commerce, où Maatahi gagne sa vie comme pêcheur de perles. Mais ils sont rattrapés par un vieux guerrier qui les poursuit, et la tradition finit par avoir cruellement raison de leur émancipation. Ultime image d’une corde de bateau qui se coupe entre l’amant qui nage et le bateau qui lui enlève sa raison de vivre, mélodrame muet en noir et blanc nacré, élégie vibrante sur le paradis perdu, éclat de romantisme allemand planté dans le rivage polynésien, chant du cygne d’un des plus formidables rêveurs éveillés du  cinéma, Tabou est à tous égards inoubliable.

Portrait et intentions du réalisateur 

MURNAU Friedrich Wilhelm (28/12/1888- 11/03/1931)
Né en 1888 à Bielefeld (Westphalie) en Allemagne, Friedrich Wilhelm Murnau, Docteur en Philosophie, fut d’abord formé comme acteur par le grand metteur en scène de théâtre Max Reinhardt. Au lendemain de la première guerre mondiale, il se lance dans le cinéma. Au cours de cette première période en Allemagne, il tourne notamment Nosferatu le vampire (en 1922), puis Le Dernier des hommes (en 1924), Tartuffe (en 1925) et Faust (en 1926). Murnau est alors invité par William Fox aux Etats-Unis. Avec L’Aurore, il commence une aventure hollywoodienne qui se poursuit avec City Girl (en 1929). Puis, il rejoint Robert Flaherty dans les mers du sud en Polynésie. Il s’y installe presque 2 ans fasciné par les paysages, les corps, les rites auxquels il voue son dernier film Tabou. Tourné dans les conditions d’un documentaire, avec des acteurs locaux non professionnels, Tabou est un chant ouvertement lyrique sur Eden perdu. De retour aux Etats-Unis, il trouve la mort en 1931. Si, durant son séjour en Polynésie, le cinéaste est habité par une euphorie sensualiste, et parfois un fantasme du Paradis terrestre, il n’ignore pas pour autant les réalités sordides de la colonie française : il croise beaucoup de Polynésiens déprimés, alcooliques ou malades. Ce qui n’est pas frontalement montré dans Tabou, mais pétrit secrètement le versant obscur du film, à la fois élégiaque et funèbre.

Autour du film

« Le plus beau flm du plus grand cinéaste du monde », « Le plus grand film du plus grand auteur du 7 ème art » écrivait Éric Rohmer de Tabou dans « Les Cahiers du cinéma » des années 50

Le dernier chef d’oeuvre de Murnau qui fait d’une fable un chant puissant

Sensuel et documenté, Tabou demeure une œuvre emblématique, autant pour son témoignage précieux sur les traditions locales polynésiennes oubliées que pour son incontestable puissance artistique. Admirable.

Genèse

Tabu est le fruit d’une collaboration entre le documentariste Robert Flaherty et le metteur en scène Friedrich W. Murnau. Les deux hommes avaient décidé d’écrire ensemble une histoire, Turia, d’après une légende recueillie par Flaherty. Murnau arrive à Tahiti en juillet 1929, Flaherty est arrivé quelques jours plus tôt. Le tournage démarre à Bora Bora le 11 décembre 1929, sur le motu Tapu. Le rôle de Reri est joué par Anna Chevalier, 16 ans, et celui de Matahi par… Matahi. Tous deux sont de Bora Bora. Certaines prises de vues sont réalisées à Tahiti (cascade de la Fautaua notamment). Le dernier plan est tourné le 6 septembre 1930 à Faa’a.

Le réalisateur  – Robert  Flaherty

Robert Joseph Flaherty est un réalisateur de cinéma américain, né le 16 février 1884 à Iron Mountain, dans le Michigan, et mort le 23 juillet 1951 à Vermont, dans le Maontana. Il est souvent considéré, comme l’un des pires du film documentaire.

Les tabous autour du film

1/ Les catastrophes n’ont cessé de jalonner le tournage de ce film sur lequel semble avoir pesé une malediction

On raconte que Murnau avait violé le Tabou en tournant dans des lieux sacrés et en construisant sa maison près d’un ancien temple. La réalité dépassa définitivement la fiction lorsque Murnau mourut mystérieusement dans un accident de voiture en se rendant à la première de son film

  •  Pendant un an et demi, l’île de Bora Bora est en ébullition. Les habitants jouent leur propre rôle et se retrouvent dans l’équipe technique. Mais une sorte de malédiction semble peser sur ce film. Murnau et son équipe, n’écoutant pas l’avis des anciens, auraient violé un certain nombre de tabous locaux. Le tahua (sorcier) aurait maudit le réalisateur Murnau pour tous ces sacrilèges qu’il avait commis.
  •  La réalité rejoint la fiction et les tabous de Tabou se mettent à hanter les  esprits. Durant les dix huit mois de tournage, des incidents, plus ou moins graves, perturbent le travail : noyades, intoxication, explosions mystérieuses. Comble du destin, Murnau décédera d’ailleurs lui même dans un accident de voiture huit jours avant la première de son film, prévue le 18 mars à New York.

2/ Du tournage à la post-production que de catastrophes !

  •  Des problèmes d’argent
    Les ennuis commencent dis le début : déjà, ils ne reçoivent pas l’argent escompté par la production, qui les lâche. Murnau décide de financer le film avec ses économies, mais le budget s’en trouve considérablement réduit. Le film devait être en couleur, il sera en noir et blanc. À peine arrivée à Tahiti, une parte de l’équipe technique est renvoyée aux États-Unis. Des techniciens locaux sont embauchés et formés sur place. Afin d’éviter d’éventuels problèmes de droits, le scénario est réécrit et le titre du film modifié : Turia devient Tabu. À la fin du tournage en novembre 1930, Murnau retourne aux États-Unis : ses finances sont au plus bas et il s’endette pour achever la post-production et les effets spéciaux.
  • Des problèmes d’entente
  • Les conceptions de Murnau et de Flaherty sont à l’opposé l’une de l’autre. Robert Flaherty avait écrit un scénario « à la gloire de la vie traditionnelle, tout en dénonçant la corruption apportée par la civilisation. Murnau, lui, voulait se servir de la beauté de l’île et des indigènes comme d’un décor exotique pour raconter une histoire romanesque ». Murnau, qui devient finalement aussi le producteur du film, impose son point de vue tant et si bien que Flaherty refuse d’être crédité comme réalisateur.
  •  Une malediction ?
    Murnau et son équipe n’auraient pas écouté l’avis des anciens de Bora Bora et « auraient violé un certain nombre de tabous locaux en choisissant imprudemment le titre du film, en installant leur quarter général sur un ancien cimetière, en tournant une séquence sur un lieu interdit, le motu Tapu à Bora Bora, et pire en allumant un feu sur un marae ».