Festival 2019 du 21 au 24 mars

L’Océanie convoitée - restitution du colloque

Mots-clés :

un livre, un auteur : - 31 mars 2018 - 19:30 - Palais des Congrès
1 avril 2018 - 16:15 - Palais des Congrès

Intervenant
Lechervy Christian - ambassadeur, secrétaire permanent pour le Pacifique

 

Sémir Al Wardi, Jean-Marc Regnault et Jean-François Sabouret présentent L’Océanie convoitée ,  une compilation d’interventions faites lors de colloques en 2015 et 2016. Colloques et ouvrage traduisent l’intérêt porté à cette région du monde. L’Océanie en tant que territoire convoité est devenue un sujet de recherche.

L’Océanie n’est pas, comme le disait Jean-Marie Le Clézio, un « continent invisible ». Où il ne l’est plus à en croire l’ouvrage L’Océanie convoitée dirigé par Sémir Al Wardi, maître de conférence en science politique à l’université de Polynésie française, Jean-Marc Regnault, historien, chercheur associé au laboratoire GDI et Jean-François Sabouret, directeur de recherche émérite au Centre national de recherche scientifique (CNRS). Cet ouvrage, qui rassemble des actes de colloques soit cinquante contributis’intéresse aux convoitises contemporaines portées sur l’Océanie.

L’ouvrage se découpe en quatre parties. Avant de mettre au jour les liens qui se tissent entre les grandes puissances continentales et les petits États océaniens, une partie sur l’histoire apporte des éléments de contextes. Une deuxième partie traite de l’Asie en Océanie, des grandes puissances et du Pacifique. En troisième partie, ce sont les convoitises inattendues qui sont traitées et notamment celles du Maroc et des Émirats arabes unis. Enfin, la dernière partie donne la parole aux Océaniens.

 

Aux origines de la convoitise

« L’intérêt pour l’Océanie est assez récent », résume Jean-Marc Regnault. « Il se comprend dans une optique stratégique ». Une optique qui passe par l’Organisation des nations unies (ONU) où un certain nombre de petits États comme le Vanuatu, les Samoa, les Tonga, les îles Salomon ou Nauru comptent pour une voix dans les décisions. « Ainsi des pays comme le Maroc ou les Émirats arabes unis cherchent des alliances avec ces petits États pour des problèmes les concernant comme celui du Sahara occidental. » Les territoires et États ont aussi des espaces qui attirent à différents niveaux, comme par exemple la zone économique exclusive (ZEE) en Polynésie.

Pour les territoires et États océaniens, c’est une source de développement. Des aéroports, routes et ponts peuvent voir le jour. Des assistances sanitaires et médicales sont proposées. Cette source de développement est à maîtriser. « Territoires et États essaient de faire en sorte de ne pas être submergés », rapporte Jean-Marc Regnault citant pour exemple les efforts réalisés par le gouvernement de Polynésie française pour protéger l’emploi local dans le cadre du projet aquacole de Hao.

Les Océaniens, dont certains n’ont pas d’autres choix que de laisser entrer les grandes puissances pour envisager un développement, affichent un sentiment ambivalent. « Ce sont de grands séducteurs qui se défendent toujours pour rester eux-mêmes. Il y a un double mouvement d’attirance et de répulsion. »

 Il était une fois…

« Le sujet l’Océanie convoitée peut paraître curieux », glisse Jean-Marc Regnault qui se rappelle un séjour éclairant au Vanuatu. « J’ai vu des supermarchés construits par des entreprises chinoises mais il y avait aussi des bâtiments d’importance comme le parlement. » La présence des Chinois était forte et impliquée. « En discutant autour de moi, je me suis aperçu que ce scénario se reproduisait aux Samoa, Fidji, en Polynésie avec le projet Mahana Beach… » Les exemples confirmant un intérêt croissant des grandes puissances pour l’Océanie, se multipliaient.

Le chercheur qui organisait des colloques avec Sémir Al Wardi et Jean-François Sabouret pour le compte du CNRS, s’est saisi du sujet. Le 14 septembre 2015, à Paris, un premier colloque intitulé des certitudes et des questions voyait le jour. En novembre 2016, un nouveau rendez-vous était donné en Polynésie à l’Université, toujours sur le thème l’Océanie convoitée. Thème qui était devenu en quelques mois un sujet de recherche.

Les travaux ont permis, par ailleurs, de pointer du doigt certains fantasmes. « En Nouvelle-Calédonie par exemple les Chinois sont présentés comme une menace, des adversaires envahissants. » Même chose, dans une certaine mesure, en Polynésie. « Je m’entretenais récemment avec le responsable de l’aviation civile en Polynésie qui disait recevoir des appels de curieux voulant savoir quand une compagnie chinoise viendrait se poser à Tahiti. Il n’en est absolument pas question. (Tahiti infos 31 août 2017)